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fan, qui es-tu ?

Si tu collectionnes les bracelets de festivals, que tu parles comme Laurent Fignon (version 2010) après un concert et que ta chambre s’est transformée en lieu de culte pour ton artiste favori, cet article est pour toi. Toi qui est donc connecté à Facebook et/ou Twitter (pour guetter les moindres faits et gestes du groupe que tu vénères), la récente polémique concernant Birdy Nam Nam n’a probablement pas dû t’échapper. On ne reviendra donc pas ici sur les propos tenus par ces champions DMC (en 2002) mais sur… toi. Toi qui a pu t’indigner face à la communication pas très diplomatique de Need ou qui a trouvé cette réponse normale.

A travers les quelques exemples ci-dessous, tentons enfin de répondre à cette question : fan, qui es-tu ?

Mark David Chapman, le public de Newport ou du Théâtre des Champs Elysées (et plein d’autres exemples…) : le fan n’aime pas être trahi

Igor Stravinsky, Bob Dylan, John Lennon… Trois personnages ayant révolutionné l’histoire de la musique. Demandez cependant à un festivalier de Newport (cru 1965) ce qu’il a pensé de la prestation de Bob Dylan ou à un chanceux qui aurait participé à la création du Sacre du Printemps à Paris un soir de mai 1913. Outré, scandalisé… la majorité des gens n’a pas compris la mise en avant du rythme de Stravinsky ou encore le passage électrique de Bob Dylan. Ces deux événements ont ainsi provoqué émeutes et indignations de la part du public, traitant Dylan de Judas ou rebaptisant le ballet Le Massacre Du Printemps. Quelques semaines plus tard, Stravinsky sera porté aux nues pour sa composition et « Like A Rolling Stone » est désormais fréquemment citée comme l’une des plus belles compositions de l’histoire de la musique.

Un comportement allant à l’encontre des fans ou un changement de direction – qu’il soit musical ou humain – peut parfois se solder par une fin beaucoup moins heureuse. En ce 8 décembre 1980, Mark David Chapman, texan d’origine, catholique convaincu et fan des Beatles, en a assez. Assez de cette arrogance affichée par son héros, John Lennon, devenu milliardaire. Il se sent trahi et pense que celui-ci a renié le message pacifiste et libertaire prôné par le groupe de Liverpool. Le pire arrive : à 22h50, MDC vide son chargeur de calibre 38 sur l’artiste…

Le fan est donc exigeant et capable du pire. Se sentant trahi lorsqu’un artiste change de direction, casse des codes, il peut être sans pitié (Birdy Nam Nam peut du coup en témoigner). D’autre part, doit-on toujours donner au public ce qu’il veut entendre ? La réponse est évidente et si l’on tenait un tel propos, le patrimoine musical devrait peut être se passer de « Like A Rolling Stone » et du Sacre comme références. Les révolutions d’aujourd’hui ne font-elles pas les références de demain ?

Les cas de Penny Lane et Nancy Spungen :

Les deux savent qu’en fréquentant un artiste, elles pourront s’assurer la célébrité ou mieux : un statut social. Alors elles les suivent : la première va accompagner le groupe Stillwater dans le film de Cameron Crowe et la seconde va se lier d’amour (et de violence) avec Sid Vicious (Sex Pistols) pendant vingt trois mois.

Branché mais fauché. La formule trouvée par le mensuel Technikart court toujours et était déjà valable à l’époque des hippies ou des punks. Le fan peut avoir une image de branché et vivre par procuration. Celui-ci désire aussi l’exclusivité. Exclusivité musicale mais aussi sur des détails croustillants de la vie interne du groupe.

Stan : le fanatisme tragique

Vous connaissez peut-être ce célèbre personnage d’une chanson d’Eminem et sa femme d’un clip, Dido ? Cette fiction de six minutes et quarante quatre secondes (pour la version album) nous plonge dans la vaine tentative de contact entre Stan et son rappeur favori : Eminem. Excédé de ne pas avoir de réponse, celui-ci devient agressif envers sa compagne (Dido, enceinte pour l’occasion) et leur donne la mort. Dans le livret accompagnant l’album, l’artiste remercie donc les gens qui le soutiennent (ou pas) : « Eminem would like to thank everyone that knows they deserve it. And fuck you to everyone that deserves it too. ».

Le fan va donc très loin. Au delà du désir de ressembler à son artiste favori, il est prêt à sacrifier sa vie entraînant la disparition de ses proches. Le fan est aussi persévérant : il envoie des lettres et ne compte pas son temps pour pouvoir enfin entrer en contact avec lui.

My Major Company : don’t believe the fan

Mais que Stan se rassure, les choses ont changé depuis le début des années 2000. La multitude d’outils mis à disposition des artistes (réseaux sociaux etc…) permet le développement de la stratégie marketing direct-to-fan (proposition du produit au public sans intermédiaire).

La pédagogie paie c’est sûr et le travail de sensibilisation concernant la participation (financière pour la plupart des cas) du public à la création des oeuvres a pu déboucher sur de beaux projets (In Rainbows de Radiohead par exemple). Mais ce que propose cette entreprise va au-delà. Originaire de Paris et créée en 2007, My Major Company propose au public de devenir producteur avec le slogan « Music is your business ». La participation est financière une fois encore mais ici, le site propose en sus une spéculation sur l’artiste. On peut donc acheter un pourcentage des parts d’un projet artistique et se faire rétribuer (à hauteur de 40%). De quoi faire rêver. Moins de ventes de disques, moins de tournées pour assurer un revenu via le merchandising… My Major Company pourrait se présenter comme une alternative. Le statut du fan aurait-il donc muté ? Néanmoins, la question subsiste : doit-on donner au public ce qu’il veut ? Si le modèle proposé par My Major Company se répand, ne risquerait-on pas de tuer les « casseurs de codes » comme Dylan ou Stravinsky ? Quand on voit ce qui est sorti de cette entreprise (Grégoire par exemple), on peut en effet avoir quelques doutes.

Ces quelques cas (re)posent la sempiternelle question : « qui se trouve au centre du système? » L’artiste ou le public ? Doit-on bannir un artiste parce qu’il change de source d’inspiration ? Doit-on toujours donner au public ce qu’il veut entendre ? My Major Company n’est-elle pas la preuve et l’apogée de la monétisation du fan ? Le plus important n’est-il pas la musique ?

Film cliché : Presque Célèbre de Cameron Crowe

Livre(s) cliché : Under Their Thumb : Comment un gamin de Brooklyn a fréquenté les Rolling Stones (et a survécu pour en parler) de Bill German // Les Fans des Beatles : sociologie d’une passion de Christian Le Bart

Ipod cliché :

Bob Dylan – Like A Rolling Stone (extrait de Highway 61 Revisited, 1965)

The Beatles – She Came In Through The Bathroom Window (extrait de Abbey Road, 1969)

George Harrison – Apple Scruffs (extrait de All Things Must Pass, 1970)

Berliner Philharmoniker – Le Sacre Du Printemps (Part 2 : Le Sacrifice) (extrait de Le Sacre Du Printemps/Apollo, 1986)

Eric B & Rakim – Move The Crowd (extrait de Paid In Full, 1987)

Snoop Dogg – Groupie (extrait de Tha Doggfather, 1996)

The Cranberries – I Just Shot John Lennon (extrait de To The Faithful Departed, 1996)

Eminem – Stan (extrait de The Marshall Mathers LP, 2000)

P.O. Box – Make Up/Wake Up ! (extrait de …And The Lipstick Traces, 2006)

Say Anything – Hate Everyone (extrait de Say Anything, 2009)

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